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Les 10 meilleures distilleries autour de Bordeaux

Soyons honnêtes dès la première ligne : Bordeaux n'est pas Cognac, et encore moins Armagnac. La Gironde est l'une des grandes régions viticoles de la planète, mais ce n'est pas une appellation d'eau-de-vie, et qui cherche ici un réseau dense de distilleries sera surpris. Ce que Bordeaux possède bel et bien, c'est une tradition discrète et historique consistant à distiller son propre vin et ses sous-produits de raisin en fine de Bordeaux et en marc, le célèbre apéritif Lillet né au sud de la ville, ainsi qu'un mouvement artisanal modeste mais réel qui a pris racine depuis une dizaine d'années. Ce guide retrace cette réalité, de la ville de Bordeaux au Médoc et à Saint-Émilion, jusqu'au reste du département.

Ce que signifie vraiment la « fine de Bordeaux »

Avant de citer des noms, il faut expliquer la catégorie elle-même. La fine de Bordeaux est une eau-de-vie de vin — une eau-de-vie distillée à partir du vin de Bordeaux — tandis que le marc de Bordeaux est distillé à partir du marc, c'est-à-dire des peaux et des pépins restés après le pressurage. Ce sont deux produits authentiques et traditionnels, mais aucun ne porte la renommée mondiale ni le statut protégé strict du cognac au nord ou de l'armagnac au sud-est. Beaucoup des meilleurs exemples ne quittent jamais le château qui les élabore. Si l'on comprend la distillation bordelaise avant tout comme une manière de transformer le vin et ses sous-produits en spiritueux, la logique de la région devient limpide.

Moon Harbour, Bordeaux (Bacalan)

Le nom le plus important de la distillation bordelaise moderne est sans conteste Moon Harbour, la première distillerie de whisky de la ville. Elle est installée dans une ancienne base sous-marine allemande de la Seconde Guerre mondiale — l'immense bunker de béton du Bassin à Flot, dans le quartier de Bacalan, devenu un saisissant repère culturel et industriel. Fondée par Yves Médina et Jean-Philippe Ballanger, la distillerie élabore un single malt en plein cœur de la ville, ses fûts vieillissant à l'intérieur même du bunker. C'est la preuve la plus éclatante que Bordeaux peut distiller autre chose que du vin.

Fine et marc de château dans le Médoc

De nombreuses propriétés du Médoc et du Haut-Médoc distillent discrètement un marc ou une fine à partir de leur propre récolte, le plus souvent en quantités infimes destinées à la famille, aux cartes de restaurant et aux visiteurs du chai, et non aux rayons des supermarchés. Autour de Pauillac, de Margaux et de Saint-Julien, il vaut la peine de se renseigner dans les domaines les plus attachés à la tradition : on vous servira peut-être un verre de marc issu des mêmes raisins que le grand vin. Ce ne sont pas des produits industriels, mais la face digestif d'une culture du vin, et déguster un tel marc compte parmi les expériences les plus authentiques du Médoc.

Saint-Émilion et la rive droite

Sur la rive droite, autour de Saint-Émilion, de Pomerol et du Libournais, la même logique de château s'applique. Les domaines dominés par le merlot pressent d'énormes volumes de fruit, et le marc qui en résulte est distillé par quelques vignerons en une eau-de-vie chaleureuse et très marquée par le raisin. La cité médiévale de Saint-Émilion, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, mérite de toute façon le détour pour son église monolithe et ses macarons — mais guettez le marc maison qui apparaît parfois sur les cartes locales.

Le Lillet de Podensac

À proprement parler, le Lillet est un vin apéritif aromatisé plutôt qu'un spiritueux distillé, mais aucune carte honnête des boissons bordelaises ne peut l'ignorer. Créé en 1887 par les frères Lillet à Podensac, commune de la Gironde située au sud de la ville le long de la Garonne, le Lillet Blanc, Rouge et Rosé marie des vins de Bordeaux à des liqueurs de fruits et à une touche de quinquina. C'est le produit non vinifié le plus connu internationalement de la région, et le site de production de Podensac accueille les visiteurs désireux de comprendre comment l'héritage viticole bordelais se prolonge dans l'univers de l'apéritif.

La scène du gin artisanal et des petites séries

Au-delà du whisky, une couche mince mais croissante de producteurs artisanaux élabore du gin et d'autres petites séries à Bordeaux et alentour, souvent à partir de botaniques locales et de l'eau-de-vie de raisin régionale comme base. Ce mouvement est plus jeune et plus restreint qu'à Berlin ou à Londres, et il serait malhonnête de prétendre que la ville déborde de distilleries artisanales. Mais la tendance est réelle : dans les quartiers des Chartrons et de Saint-Pierre, les bars versent de plus en plus de gins faits localement, et l'envie d'une identité bordelaise du spiritueux au-delà du vin se renforce nettement.

Pourquoi la scène reste modeste — et comment la lire

La raison pour laquelle Bordeaux compte si peu de distilleries autonomes tient à une simple économie : un hectare de vignes du Médoc ou de Saint-Émilion vaut bien davantage transformé en vin qu'en eau-de-vie. C'est l'inverse, par exemple, de la Charente calcaire autour de Cognac, où la distillation est devenue la vocation régionale. La distillation bordelaise se regroupe donc autour des sous-produits — lies, marc, vin excédentaire — et autour des rares pionniers urbains comme Moon Harbour qui ont choisi de faire autrement. Comprendre cette hiérarchie est la clé pour savourer les spiritueux de la région sans déception.

Juste au nord et au sud

Une part de l'attrait de Bordeaux pour le voyageur amateur de spiritueux tient à sa situation. Deux heures de route vers le nord et l'on atteint Cognac, la région d'eau-de-vie la plus célèbre du monde ; en filant vers le sud-est, vers la Gascogne, on entre au pays de l'armagnac, le plus ancien spiritueux distillé de France. La Maison Villevert, derrière le gin G'Vine, se trouve dans la région voisine de Cognac, et plus loin sur la Loire, à Saumur, la distillerie Combier offre une autre étape proche. Bordeaux constitue un camp de base idéal pour un circuit plus vaste à travers le Sud-Ouest distillateur, que la Gironde seule ne saurait remplir.

Le déguster comme un local

Pour bien boire les spiritueux de Bordeaux, terminez un long déjeuner par un verre de marc de château plutôt que de le commander froid au comptoir ; sirotez un Lillet Blanc sur glace avec un zeste d'orange en apéritif, comme le font les habitants ; et réservez à l'avance une visite de Moon Harbour dans le bunker à sous-marins pour le volet whisky. Traitez les spiritueux comme la coda du vin plutôt que comme l'attraction principale, et la région vous récompensera généreusement.

Sur la carte

Préparez votre propre itinéraire à travers la Gironde grâce à notre carte interactive, qui situe les distilleries, chais de château et maisons d'apéritif évoqués plus haut, de Bacalan jusqu'au Médoc et à Saint-Émilion. Voyez à quel point Moon Harbour est proche du vieux port, comment Podensac s'aligne le long de la Garonne et comme le saut vers Cognac et Armagnac est court. Commencez par trouver Bordeaux sur la carte et suivez le fleuve vers l'extérieur à partir de là.